So-so-so, solidarité!
janvier 28, 2009
Ben oui. Vous pensiez quoi? Que j’étais pour rien faire? C’est mal me connaître. Donc, voilà, en tant que sale gauchiste, je suis à 100% derrière les employés du Journal de Montréal qui sont en lock-out.
Bon courage, bonne guerre, et brassez Martineau de ma part.
Assez de l’étiquette internationale socialiste. Maintenant, soyons un peu plus critiques. De nos jours, la ligne entre le syndicaliste qui utilise son droit inaliénable à la grève et le syndicaliste qui exagère est très mince. Ironiquement, c’est justement parce que ce n’est pas tout le monde qui bénéficie de bonnes conditions de travail que les syndicats ont l’air d’être “gras dur”. Tant que les employés du JdeM réclament des conditions de travail qui sont similaires ou un peu au-dessus de la moyenne, je ne vois pas pourquoi on serait contre.
Et s’il vous plaît, ne me sortez pas l’argument des cols bleus qui sont une gang de paresseux qui se pogne le cul à 40$/heure. C’est vrai, mais ce n’est pas le même débat. Dans le cas des cols-bleus, le syndicat n’est pas une cause, mais bien un outil du dogmatisme. Dans toutes organisations, une gouvernance rigide, dogmatique et mafieuse aura pour effet de gangrener ladite organisation. Le syndicalisme reste encore la meilleure façon pour des employés de s’unir pour négocier avec un patron qui ne veut rien entendre.
D’autant plus que dans le cas des employés du Journal de Montréal, ceux-ci offrent la possibilité aux lecteurs de ne pas se sentir “pris en otage par la grève”, en publiant leur propre journal sur Internet : Rue Frontenac
Point de vue de la CSN : Communiqué
Compte rendu de CBC : Article
Budget fédéral; premières réactions du milieu culturel
janvier 27, 2009
Culture Montréal, un organisme qui défend les intérêts des artistes et des institutions artistiques montréalais, vient de diffuser un communiqué qui fait état de premières réactions au budget fédéral qui vient d’être déposé par le gouvernement Harper.
Bilan? Mi figue, mi raisin. Certaines mesures, comme celle d’investir dans le programme Présentation des arts Canada (100 M$) -suite aux coupures de cet automne- sont saluées, mais on ne manque pas de souligner que le Conseil des Arts du Canada n’a pas un sous de plus.
Eeeeeh ben…
janvier 25, 2009
Ça, c’est manifestement assez surprenant… Je m’attendais à pas mal tout sauf ça, en fait:
La cause de ma surprise, ici.
De l’argent pour les livres, dans tout ça? Peut-être un peu. J’imagine que la demande de Monsieur Moore à Monsieur Flaherty d’ausser le budget alloué à la formation artistique, comprend la formation en lettres.
Je vous présente donc officiellement James Moore, votre ministre du patrimoine. James possède le nom et l’infrastructure d’un joueur de Hockey, semble aimer les chiens, et les artsites…

Petite parenthèse
janvier 23, 2009
Je me suis demandé toute la journée si je devais poster quelque chose à ce sujet. C’est qu’en fait, ça me concerne beaucoup plus que ça ne peut concerner le monde de l’édition, mais bon, ça touche quand même un peu au sujet. Je me suis dit que j’étais finalement pour profiter de l’occasion pour parler un peu du métier de libraire.
Alors voilà : Cette semaine, j’ai accepté un poste d’éditeur-adjoint chez Chenelière Éducation, ce qui met, du coup, un terme à cinq ans de loyaux services à la libraire Le Fureteur. Mes raisons sont multiples, mais j’ai accepté en grande partie parce que c’est pour moi l’occasion d’acquérir de l’expérience très crédible dans le domaine, mais aussi de faire un salaire beaucoup plus décent.
La nature du métier de libraire est assez paradoxale. C’est, à la base, du commerce au détail, mais qui demande une grande culture générale, un parcours universitaire, de la curiosité et de l’entregent. C’est bien beau d’engager des étudiants, mais un patron veut aussi pouvoir compter sur des employés qui veulent rester, disons, plus que le temps d’un BAC. Le problème est qu’à moins d’avoir vraiment une passion irrévocable pour le métier de libraire (oui, ça existe!), la plupart des jeunes sont plutôt tentés par des emplois un peu plus payants, leurs études terminées.
Enfin. Chaque librairie a sa réalité bien à elle, mais j’ai l’impression qu’il faudra éventuellement réévaluer la manière dont on pratique le métier de libraire… Personnellement,je pense que l’avenir n’appartient pas nécessairement à l’entreprise traditionnelle de type “patron/employés”.
Mais ça, c’est pas surprenant venant de moi, j’suis qu’un sale gauchiste, après tout.
Thom Yorke, Marie Laberge, même combat?
janvier 20, 2009

Eh oui, encore Marie Laberge. C’est mon dernier billet à son sujet, c’est promis.
Alors, Laberge fait pas mal de sous avec son entreprise d’envois de lettres personnalisées, comme nous l’avons vu plus tôt. Du point de vue économique, tant mieux pour elle. C’est très bien qu’un auteur puisse faire un peu plus d’argent qu’à l’habitude, grâce à sa plume. Elle profite de sa célébrité pour essayer des choses. OK.
Du même coup, on ne peut pas s’empêcher de faire le lien avec le monde de la musique. Est-ce que Marie Laberge serait en train de faire la même chose que les groupes qui décident de produire et de distribuer eux-mêmes leurs albums, via Internet? Elle passe en effet par dessus la tête de bien des intermédiaires de la chaîne du livre : l’éditeur, le distributeur, l’imprimeur, le transporteur et le libraire. Étant donné qu’elle est très populaire et qu’elle n’a plus besoin de se faire connaître, on ne peut presque pas lui reprocher de vouloir sauter par dessus les distributeurs et les libraires. C’est toutefois un grand manque de respect envers ces entreprises québécoises qui travaillent d’arrache-pied à faire connaître la production littéraire québécoise. Laberge a une dette envers ces gens-là, et ne l’honore pas en agissant ainsi.
Deuxièmement, et plus grave encore, Marie Laberge passe par dessus l’éditeur. En mettant l’éditeur de côté, ce n’est pas seulement le mode de production et de diffusion physique qu’elle bouscule, mais aussi le mode d’écriture de son texte. Un éditeur n’est pas simplement un “agent” d’auteur (ah l’exception de Michel Brûlé), c’est aussi un accompagnateur, un ultime critique avant la fixation. Sans les éditeurs, Burroughs ne serait pas Burroughs, Proust ne serait vraiment pas aussi connu, et Harry Potter dormirait encore sous son escalier.
Troisièmement, contrairement à l’industrie de la musique, personne ne roule sur l’or, au Québec, dans la chaîne du livre. De plus, les lecteurs veulent encore lire des romans de 300 pages, bien reliés, avec de belles pages couvertures, qui sentent le livre. Alors, ne forçons pas les comparaisons. Laberge n’est pas la figure montante d’une révolution en littérature. Elle joue à l’apprentie sorcière.
Si Marie Laberge veut jouer à l’apprentie sorcière, c’est son choix. Mais lorsque ses balais commenceront à s’emballer, elle sera seule.
L’art de s’en mettre plein les poches?
janvier 19, 2009
Comme je l’écrivais la dernière fois, Marie Laberge a eu l’idée de reprendre un concept vieux comme le monde, celui du roman feuilleton, et l’entreprise s’avère être un franc succès. Toutefois, comme on peut le lire ici, ladite Laberge se défend de faire des profits mirobolants avec cette initiative, et que le milieu du livre n’est pas fâché contre elle parce qu’elle passe par dessus la tête de tout le monde. Essayons de creuser un peu les faits:
Laberge fait-elle de l’argent avec son roman feuilleton? Selon les données fournies par l’article, ses revenus actuels s’élèveraient à 1 157 871$ (coût de l’abonnement de 33$ multiplié par le nombre d’abonnés, qui est présentement de 33 087).
Analysons maintenant ses coûts : Selon mes sources (si vous avez plus d’informations, avisez-moi), chaque “lettre” contient environ trois pages. L’écrivaine prévoit faire 26 envois. Soyons conservateurs, et assumons que Poste Canada ne lui fait pas de rabais compte tenu de son nombre d’envoi (ce qui serait très surprenant) : 50 sous par envoi multiplié par 860 262 (nombre d’envoi multiplié par nombre d’abonnés) : 430 131$
Ajoutons à ce montant de shipping un budget de graphisme : admettons 2496$ (2 heures par page à 16$ de l’heure). Reste 427 635$… Selon les dires de Laberge: “Pas moins de huit à dix personnes travaillent au projet, des sous-traitants ont été embauchés pour tout imprimer et tout envoyer, et c’est sans compter les bogues informatiques et les autres pépins qui surviennent.” 9 employés au salaire minimum, bref : 117 000$. Reste 310 635, pour “une base de donnée”… À quoi sert-elle, au fait, cette base de données? À gérer les coordonnées des 33 087 abonnés? À ajouter le nom de l’abonné après “chers”, au début de la lettre? Ne t’inquiètes pas trop, Marie, ça ne te coûtera pas très chers…
Conclusion, Marie Laberge fait environ 300 000$ pour un livre d’environ 78 pages, qui sera lu par 33 087 personnes. Prenant en considération qu’un auteur touche entre 10 et 12% de royautés par livre vendu, au sein du marché traditionnel, elle ferait 140 000$. Je pense qu’on peut conclure que c’est une bonne affaire, surtout si elle décide de répéter l’expérience, compte tenu du fait que ses coûts de mise en place et de gestion chuteraient.
Quelques nouvelles
janvier 15, 2009
Je ne suis vraiment pas diligent, excusez-moi. Un mois et demi d’intervalle, c’est passible d’exécution sommaire, je sais.
Question de rattraper le temps perdu, voici quelques nouvelles et opinions en vrac :
- Réponse à Jean-François, au sujet des livres électroniques dans les bibliothèques : J’ai peur que ces bibliothèques qui se lancent dès maintenant dans l’aventure se retrouvent avec de l’hardware qui sera rapidement désuet, ce qui ne les encouragera pas à continuer.
- Penguin Group USA annonce le lancement de Penguin Mobile, une application maison pour iphone disponible chez Apple Store
- Random House annonce un partenariat avec Stanza.
- Marie Laberge atteint les 35 000 exemplaires vendus pour son roman-feuilleton envoyé par la poste, qui passe par dessus les distributeurs et les libraires… On en reparle plus en profondeur éventuellement.
- Depuis l’achat de Raffin par Benjamin, c’est la pagaille dans les entrepôts.
Comme un “choeur-monument”
novembre 29, 2008
Et les bibliothèques, dans tout ça? Me demande Jean-François (Que je salue, d’ailleurs. Ça fait un bail, dis donc). Les utilisateurs des bibliothèques seront sûrement les derniers à être touchés négativement par la démocratisation du livre électrique. Ils ne veulent ou ne peuvent déjà pas s’acheter de livres. Alors un bidule à 300$ pour les lire, encore moins, me semble-t-il… Il est évident que la copie nuira aux ventes de best-seller. Mais un bon nombre de secteurs du livre ne sera que peu ou pas touché. Les albums jeunesse, la BD, le livre d’art, le “Beau Livre”, misent encore plus sur la dimension “objet” qu’un roman.
C’est aussi une très bonne nouvelle pour la disponibilité des titres. La fameux problème du livre épuisé ou tout simplement introuvable serait éventuellement écarté (au grand damn des librairies de seconde main?). La grande entreprise de numérisation d’archives que les bibliothèques de France entreprennent connait d’ailleur un énorme succès.
Mais, encore une fois, je ne crois pas que ces facteurs soient assez puissants pour faire disparaître le livre imprimé, et ce, même si nous piraterons probablement comme des dingues: Le fétichisme que l’on cultive pour l’artefact est très, très profondément ancré en nous.
Je parle d’expérience, et je suis peut-être une exception. Je ne sais pas. Lorsque j’ajoute un livre à ma bibliothèque, je ne fais pas que combler de l’espace sur une tablette, je construis un monument qui représente singulièrement mon expérience de lecture, je construis un temple, une pyramide. C’est une expérience à la fois esthétique, intellectuel et spirituelle (technique?). C’est gênant, de l’avouer comme ça sur un blogue. Je ne souffre peut-être que d’un syndrome de Diogène relativement contrôlé…
Le livre électrique est un incontournable pour tous ses avantages pratiques (et peut-être même littéraire…), mais la bibliothèque personnelle de papier reste le plus beau et le plus significatif des monuments. L’un ne va pas sans l’autre. L’imprimé appel déjà le virtuel, et le virtuel souffre l’artefact.
Je m’égare… J’y reviendrai sûrement.
Est-ce que les cyborgs lisent des livres électriques?
novembre 26, 2008
Qu’est-ce que vous pensez du livre électrique? Non, non, ce n’est pas une erreur. Je sais qu’on dit “électronique”, mais moi je trouve ça plus beau dire “électrique”. Et ce n’est pas péjoratif. Ça me fait penser au mouton électrique de Rick Deckard. Si ça ne vous dit rien. Honte sur vous et sur vos enfants.
L’idée existe depuis déjà pas mal de temps (personnellement, j’en entends parler depuis au moins 5 ans). Les doutes aussi. Il suffit de dire “cybook” pour que les scénarios apocalyptiques surgissent : mort du livre imprimé et/ou fermeture des librairies et/ou libraires aux chômages et/ou distributeurs et transporteur soudainement désuets…
Lorsque les cybooks de ce monde deviendront plus accessibles et plus sexy, l’industrie de la musique pouvant servir d’exemple, il y aura des petites révolutions locales, de gros joueurs qui naîtront et d’autres qui prendront moins d’importance, mais pas d’apocalypse. Essayons donc de faire un exercice de prospective, et imaginons le milieu de l’édition tel qu’il pourrait l’être dans cinq ans… Peut-être.
De nouveaux joueurs se lancent donc dans l’arène du livre; les concepteurs d’hardwares. Présentement, nous avons Sony, Bookeen, Amazon, Irex, et quelques autres qui se livrent une bataille pour offrir le reader le plus performant. Ma prédiction? J’ai l’impression que Apple leur réserve toute une surprise. Ils ont déjà une expertise solide dans les lecteurs portatifs, un branding accrocheur et surtout, Itunes. Le futur des concepteurs d’hardware? Avantage Apple. (Même si présentement, un Iphone est un peu trop petit pour que la lecture soit confortable.)
Les distributeurs, quant à eux, sentent déjà le besoin de se réorienter. Hachette s’est récemment associé avec Fnac et Sony afin d’offrir un service de vente et d’édition de livres virtuels. Problème: L’exclusivité des Fnac sur le Sony Reader, et l’exclusivité des livres d’Hachette sur le Sony Reader. Les utilisateurs n’aiment pas se sentir limités. On veut de la liberté! N’avez-vous pas compris que c’est culturel la liberté pour les technofreaks?!?
Que fait-on des librairies, mais surtout des librairies indépendantes qui n’auront pas les capitaux pour s’associer avec un concepteur d’Hardware? Des sites Internet offrent d’agir en tant que distributeurs de livres électriques, en fournissant des solutions assez intéressantes aux librairies indépendantes, qui vont de la construction d’interfaces de vente en ligne à la vente en magasin. À titre d’exemple, l’entreprise Epagine fait en sorte que des librairies comme Gallimard Paris sont à la fine pointe de la distribution de livres électriques, et ce, au même tarif qu’un distributeur traditionnel.
Ne paniquons pas, personne ne sera à la rue demain matin. Arrêtons-nous là pour l’instant. La prochaine fois, nous aborderons l’aspect plus “sociologique” du phénomène.
Premier BOVNI : Vian aux Allusifs
novembre 18, 2008
Bon. Je sais que vous allez me traiter de cynique, mais, croyez-moi sur parole, même si je me laisse parfois aller à certains sarcasmes un peu noirs, j’essaie d’être avant tout pragmatique, d’analyser le plus objectivement (voire froidement) possible une situation donnée. Ça donne ce que ça donne. Dans une certaine limite (je souligne d’un gros trait épais, encore plus que Derrida), si ce que j’écris vous déplait, c’est que la situation doit être d’une manière ou d’une autre un peu déplaisante.
J’ai récemment fais référence aux mises en place de Noël qui commencent (déjà) à entrer en librairie, et qui dis mise en place de Noël dis aussi, pleins de “beaux livres”.
Le marché du “beau livre”, ou du “coffee-table book”, réside en grande partie sur la pédiode des fêtes. C’est normal. Acheter un CTB (copyright Gars Pressé), c’est une solution “vite fait bien fait” qui dépanne beaucoup de “papa-pressés”, comme nous les appelons à la libraire où je travaille. C’est passe-partout, et ça fait “chic”.
Le CTB se décline en plusieurs sous-catégories: Les livres d’arts, les livres sur les destinations exotiques, les livres “une page un jour” (365 idées pour sauver la planètes), le très en vogue “1000 choses que vous devez faire avant de crever” et bien sûr, les BOVNI.
Les Beaux Objets Volants Non Identifiables sont ces livres qui sont des CTB qui vous donne envie de loader votre Visa sur le champs. Cette année, j’ai rencontré mon premier BOVNI, aux Allusifs! Cette maison d’édition de Montréal qui se spécialise en littérature étrangère vient d’éditer un recueil de poèmes de Vian intitulé “Je voudrais pas crever”. Le graphisme (qui fait un peu avant-garde Russe, mais avec un brin de naïveté Vianniènne) est beau, le papier est beau, la typo est belle; je le veux. Je vous laisse avec une petite description tirée du site de référence Memento :
“L’année 2009 marquera entre autres le cinquantenaire de la mort de Boris Vian, une date que souligneront Les Allusifs en publiant une édition illustrée de son recueil de poèmes Je voudrais pas crever, paru en 1962. C’est l’illustrateur français Martin Matje (1962 – 2004), Thierry Martin de son vrai nom, qui est à l’origine de cette première excursion éditoriale des Allusifs dans le domaine du livre illustré.”
